Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 09:39
Le Parlement doit commencer à examiner le projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (dite Loppsi 2) ce mardi après-midi. Un texte vaste, dont l'objet est de moderniser les moyens et les procédures utilisées par les forces de l'ordre. Le texte doit prendre le relais de la première loi Loppsi, prévue pour une durée de cinq ans, et déjà arrivée à expiration.

En 46 articles, le projet de loi balaie des sujets aussi divers que le statut des policiers municipaux, les fichiers d'empreintes génétiques, la vidéosurveillance, les cambriolages ou la conduite sans permis. Il durcit les peines encourues pour un certain nombre de délits, et en introduit de nouveaux. Retour sur les principales dispositions prévues par le texte.

Le filtrage des sites pédo-pornographiques. Le texte prévoit qu'un tribunal puisse imposer aux fournisseurs d'accès à Internet le blocage de sites Web publiant du contenu pédo-pornographique. Originellement, le blocage pouvait être décrété par une autorité administrative, mais a été amendé en commission des lois pour imposer le passage par une décision de justice.

L'élargissement des fichiers policiers. Plusieurs articles prévoient la simplification des mises à jour des fichiers Fijais (qui répertorie les personnes condamnées pour crimes sexuels) et Fnaeg (le fichier des empreintes génétiques), et étend l'accès à ces fichiers ainsi que les moyens des forces de l'ordre pour la recherche de personnes y figurant.

Ecoutes téléphoniques et mouchards. Dans le cadre des enquêtes sur la criminalité organisée, la Loppsi prévoit que les forces de l'ordre disposent de délais plus étendus pour les écoutes téléphoniques. Elle autoriserait également les enquêteurs à placer des mouchards sur les ordinateurs de suspects.

Confiscation de véhicules. Dans plusieurs cas, notamment pour la conduite sans permis ou pour la récidive de conduite sous l'influence de l'alcool, le texte instaure une peine-plancher de confiscation du véhicule si l'auteur du délit en est le propriétaire. Les juges pourront décider de ne pas appliquer cette peine, mais devront alors motiver leur décision.

Un amendement introduit en commission des lois prévoit que le juge pourrait également imposer la conduite d'un véhicule équipé d'un système d'éthylotest, qui empêche le démarrage du véhicule si le conducteur ne réussit pas le test d'alcoolémie.

Vidéosurveillance. L'article 17 prévoit que les préfets peuvent décider d'une utilisation accrue de la vidéosurveillance, notamment en cas de grands évènements publics, comme les rencontres sportives. La commission des lois s'est cependant opposée à ce que les préfets puissent passer outre l'autorisation des élus locaux pour la mise en place des caméras.

Couvre-feu pour les moins de 13 ans. Un amendement introduit par le gouvernement prévoit que les préfets puissent décréter un couvre-feu entre 23 heures et 6 heures du matin pour les moins de 13 ans, dans les cas où "leur présence sur la voie publique durant la nuit (...) les exposerait à un risque manifeste pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité".

Cambriolage. Egalement sur proposition du gouvernement, le texte amendé prévoit un durcissement des peines pour cambriolage, plus particulièrement si le vol est "commis avec violence à l'encontre d'une personne vulnérable".

Début février, le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, avait annoncé vouloir durcir les sanctions pour les cambrioleurs s'attaquant aux personnes âgées, après le meurtre d'un couple de retraités dans l'Oise. La ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, avait fait part de son désaccord, estimant que "40 % des incriminations en matière pénale ne sont jamais utilisées par le juge".

Intelligence économique. Le projet de loi prévoit d'encadrer davantage les sociétés d'intelligence économique - ces entreprises qui font de la collecte d'information. Elles devront disposer d'un agrément délivré par le ministère de l'intérieur, et les anciens membres de la police, de la gendarmerie et des services de renseignement de l'Etat devront attendre trois ans après leur départ pour travailler dans ce secteur.

Police municipale. Le Parlement débattra de la possibilité d'accorder la qualité d'officier de police judiciaire aux agents de police municipale, sous certaines conditions.

Visioconférence. Le texte prévoit le développement de la visioconférence, notamment pour l'audition de détenus, afin de réduire les coûts de transfert. La visioconférence pourrait également être utilisée pour tenir des audiences en centre de rétention.

Source : Le Monde

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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 09:36
C'est parti pour le projet de "loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure", dite "Loppsi II", qui dresse la feuille de route de la police et de la gendarmerie jusqu'en 2013. L'examen en première lecture doit commencer à partir de mardi à l'Assemblée nationale. Retardée à maintes reprises et finalement présentée en mai 2009 au conseil des ministres, cette Loppsi II (après celle couvrant la période 2002-2007) prévoit 2,5 milliards d'euros sur cinq ans. Au contraire de la précédente, limitée à la police et à la gendarmerie, la Loppsi II intègre aussi la sécurité civile.

Le texte couvre un spectre très large : du terrorisme à la délinquance routière et aux violences au sein de la cellule familiale, en passant par la lutte contre la cybercriminalité ou encore le renforcement de la police technique et scientifique (PTS). Le projet fixe les grandes orientations stratégiques de la politique de sécurité intérieure : mutualisation et coopération des forces de sécurité (police et gendarmerie relevant désormais de la même administration), modernisation de leurs moyens, rénovation du management et de l'organisation des services.

Sur le plan juridique, le texte vise à renforcer les outils permettant de lutter contre les nouvelles formes de la délinquance (cybercriminalité, pédo-pornographie, nouvelles formes de délinquance collective, notamment à l'occasion de manifestations sportives). Il prévoit aussi un recours plus important à la vidéo-protection et un passage à une "PTS de masse pour lutter contre l'insécurité au quotidien". L'objectif à moyen terme est de réaliser des prélèvements d'empreintes génétiques pour 100 % des cambriolages et des voitures volées retrouvées (en 2009, respectivement 85 % et 60 %).

Durcissement du projet

Une série d'amendements adoptés le 27 janvier par la commission des lois de l'Assemblée est venue "muscler" le texte. Parmi les principales dispositions retenues : la possibilité, pour les préfets, d'instaurer un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans. De même, un amendement prévoit de porter les peines de cinq à sept ans de prison pour les vols commis au préjudice de personnes vulnérables, dont les personnes âgées, et de sept à dix ans la peine encourue pour les vols avec violences sur ces mêmes victimes. Il est aussi prévu une augmentation des pouvoirs de la police municipale, qui pourra effectuer des contrôles d'identité, ainsi que la création d'une "réserve civile" de la police ouverte aux retraités ou encore un durcissement des peines pour les faits de violence routière. Les bars de nuit et discothèques auraient obligation de mettre des éthylotests à disposition de leurs clients. Le texte promet 2,5 milliards d'euros de crédits sur cinq ans.

Dans Le Figaro, Brice Hortefeux défend la nouvelle version du projet de loi. "J'ai voulu muscler le projet initial, afin que la loi réponde davantage aux défis d'une délinquance en perpétuelle évolution." Il justifie la mesure proposée d'un couvre-feu imposé aux enfants de moins de 13 ans : "Autant je peux comprendre que des parents puissent parfois être débordés par des adolescents de 15 à 16 ans, même si cela est regrettable, dit M. Hortefeux, autant je trouve inacceptable que des adultes n'exercent plus leur autorité sur des enfants de 11, 12 ou 13 ans."

Pour la députée socialiste Delphine Batho, c'est un projet de loi "fourre-tout" avec quelques "mesures tape-à-l'œil", qui "ne répond pas aux enjeux de la montée des violences urbaines et contre les personnes". Un projet "destiné à cacher la réduction drastique des moyens proposés aux forces de sécurité", alors que, remarque-t-elle, "on en est à moins 9 000 policiers et gendarmes depuis 2007". Au sein du gouvernement, une réticence a été exprimée sur la méthode consistant à répondre par la loi aux faits divers, Michèle Alliot-Marie soulignant la semaine dernière que 40 % des incriminations du code pénal n'étaient pas utilisées par les magistrats, qui ont recours aux textes généraux.

Le Parti socialiste, des magistrats et une association d'avocats ont annoncé, lundi, leur intention de combattre ce nouveau projet de loi. "Il est urgent de sortir du cauchemar sécuritaire qui détruit progressivement notre Etat de droit", écrivent le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France dans un communiqué commun. Ce projet concilie à leurs yeux "l'inutile et l'inacceptable, au nom d'un projet de société où l'absurde le dispute à la paranoïa". Les organisations condamnent particulièrement le filtrage policier des sites Internet, "aussi inefficace que lourd de menaces", disent-elles.

Source : Le Monde

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