Déjà saturée par les convois routiers exceptionnels de bateaux en tout genre, Marans a vu débarquer dimanche à l'improviste une file d'au moins 100 caravanes en direction de son stade de football. Mais si la Charente-Maritime demeure chaque été une destination privilégiée pour les transhumances évangéliques et saisonnières des gens du voyage, le maire de cette commune de 4 700 habitants n'a pas, cette fois, franchement goûté le soudain bond démographique offert par ces 400 nouveaux administrés à durée déterminée.
« Je ne suis pas contre l'arrivée d'un groupe, mais je ne supporte pas que l'on s'impose dans ma commune sans prévenir, en me forçant la main », explique Bernard Ferrier (Les Verts).
Peaux-Rouges
Invoquant un concours de circonstances mêlant à la fois un week-end férié et l'impossibilité de stationner dans un terrain trop petit réservé à Royan, les chefs de la communauté Vie et Lumière ont promis, hier, de quitter les lieux dimanche prochain. « Direction La Roche-sur-Yon, et nous avons dit aux gendarmes que le stade serait aussi propre qu'à notre arrivée », assure le pasteur Jean Michelet.
« Contrairement à ce que certains pensent, nous ne sommes pas des Peaux-Rouges, seulement des gitans bretons qui partons de début mai à fin août pour prêcher l'amour de Dieu sur les routes de France. Sauf que sur la quinzaine de lettres que nous envoyons chaque début d'année aux communes, nous n'avons guère plus d'une ou deux réponses positives... Pourtant le camp ne s'installe qu'une semaine à chaque fois. Et contrairement à ce que l'on raconte, la plupart d'entre nous sont des artisans du bâtiment, il suffit de lire les pancartes sur nos véhicules. Et n'oubliez pas non plus que, pendant une semaine, nous allons sacrément faire tourner le commerce local ! »
Aux élus et aux riverains qui grondent depuis trois jours de voir des canalisations d'eau et d'électricité serpenter sous les rails SNCF, les représentants de la communauté protestante répondent qu'il ne s'agit en aucun cas de branchements pirates. « Nous avons nos propres compteurs, et nous payerons la facture. Nous attendons juste une benne pour les ordures. » Une garantie comptable que nuance en partie le maire. « Ils se sont raccordés au réseau public sans autorisation alors que nous aurions pu le faire pour eux. Alors, ils payeront, certes, mais ça sera un montant forfaitaire. »
Soulagé après la réunion organisée hier après-midi à la mairie, Bernard Ferrier reconnaît malgré tout le relatif savoir-vivre de ses hôtes. « Je suis toujours un peu en colère, mais leur pasteur s'est excusé plusieurs fois dans mon bureau. Je l'ai trouvé très conciliant, soucieux désormais de ne pas faire de vagues. De toute façon, ce n'est pas avec mes deux policiers municipaux que j'aurais pu les faire évacuer. »
En coulisses, l'un des membres de la communauté confiait d'ailleurs n'avoir jamais eu la moindre crainte : « Au début, ça gueule toujours un peu avec les maires, mais la préfecture passe derrière pour les calmer et nous donner raison. »
Avis aux amateurs de bondieuseries gitanes, les habitants de Marans qui le souhaitent sont conviés à la messe organisée chaque soir sous chapiteau par les pasteurs de Vie et Lumière.
Source : Sud Ouest