Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 07:49
Le rendez-vous était fixé à 10 heures, jeudi matin, dans le hall du Novotel de la Défense. Dès l’arrivée dans l’hôtel, la tension est palpable, car la moindre fuite peut faire échouer le défi que s’est lancé Alain Robert. Ainsi, jusqu’au dernier moment, il nous fut impossible de savoir quelle tour le « French Spider-Man » allait escalader. Retour sur le dernier exploit de Robert.


10 h 10. Une Audi TT noire s’arrête devant l’hôtel. A l’intérieur, assis côté passager, Alain Robert, cheveu long et blond, vêtu d’une veste rouge et d’un pantalon noir, sparadrap sur les doigts, se prépare. Dans quelques minutes, il tentera l’ascension d’une tour de la Défense dont le nom est tenu secret jusqu’au début de sa tentative pour éviter que la police ne soit au courant de son projet. « Je fais cette ascension pour dire merci à l’un de mes amis. Je lui réserve une surprise, c’est pour cela que j’ai besoin des médias », annonce-t-il en préambule. Pour lui, il ne s’agit pas d’aller chercher une quelconque reconnaissance, il l’a déjà. Il souhaite simplement encore aller au-delà de ses limites. « Je n’ai plus rien à prouver, maintenant je m’éclate », lâche-t-il sereinement avant que l’Audi noir ne le dépose au lieu de rendez-vous.

10 h 30. L’arrivée devant la tour Ariane se fait dans la confusion. Alain Robert a pris tout le monde de court et déjà entamé son ascension. Il s’est arrêté au premier étage. Sous sa chemise se trouve une banderole avec un message. Malheureusement, il la laisse échapper. Après quatre tentatives, le photographe qui le suit dans ses aventures parvient à la lui lancer. Robert déroule la banderole sur laquelle on peut lire des remerciements à l’adresse de son mécène et ami Gil Mennetrey. Pendant ce temps, les badauds commencent à se masser devant la tour, principalement des gens qui travaillent dans l’immeuble.

10 h 35. La police municipale arrive sur place. « On l’a vu en bas. On a mis le gyrophare pour arriver à temps pour l’intercepter, mais il nous a échappé », nous confie l’un des trois policiers. « Il va déployer sa banderole et il va descendre », murmure un autre agent à ses collègues. A tort, puisque Alain Robert poursuit son ascension. De son côté, le chef d’équipe de la sécurité s’énerve, poursuivi par une meute de journalistes. « C’est illégal. Pour le moment, il ne met personne en danger, mis à part lui-même. Mais s’il tombe sur quelqu’un, je fais quoi ? Il est égoïste. S’il veut s’amuser, il n’a qu’à prendre toutes ses dispositions, prévenir la police et une ambulance, mais il n’a pas à mettre les gens en danger », déclare l’homme, excédé.

10 h 40. Atika et Nathalie, travaillent toutes deux au 17e étage de la tour Ariane. Elles prennent des photos de l’homme araignée et s’amusent de la situation. « C’est impressionnant, car il grimpe sans harnais et à mains nues. Je trouve que c’est vraiment exceptionnel, d’autant plus que je travaille dans cette tour. Mais elle n’est pas très compliquée, cette tour », s’amuse Atika. « Ça fait une bonne distraction. On n’imaginait pas qu’il grimperait sur notre tour », poursuit Nathalie.

10 h 45. Gil Mennetrey, le mécène du « French Spider-Man », fait son apparition à la Défense. « Il m’avait fait une promesse il y a dix ans, mais je ne pensais pas qu’il me ferait ce cadeau dangereux. C’est l’homme le plus incroyable du monde. J’ai quand même peur pour lui, d’autant que je suis en conflit avec lui sur un point : je ne veux plus qu’il grimpe sans sécurité. Il n’a plus rien à prouver. Mais c’est un type spécial. Il est handicapé à 60 % et il possède cette force mentale extraordinaire », raconte l’homme, qui confie qu’ils se sont connus à l’occasion d’une greffe de cheveux d’Alain Robert.

11 heures. Une salve d’applaudissement retentit au pied de la tour où se massent désormais une centaine de personnes. Alain Robert a réussi son pari et a atteint le toit du gratte-ciel de 152 mètres. Un exploit quand on sait qu’il souffre du vertige à cause d’un problème à l’oreille interne. « Je suis impressionnée. On était descendus faire une pause et on l’a vu escalader la paroi de l’immeuble dès le début. Je ne pourrais jamais le faire, car j’ai le vertige », commente Myriam, du service management de British Telecom, situé au troisième étage. « On l’a vu à la télévision escalader les immeubles du monde entier et là, on le voit sur le nôtre. Moi, je suis père de famille, comme lui, mais je ne le ferai jamais. Mais c’est une belle manière de faire passer un message », estime quant à lui Nicolas, du service marketing. « Nos managers nous demandent de prendre de la hauteur, il nous a donné le bon exemple », plaisante-t-il.

11 h 10. C’est encore sous les applaudissements qu’Alain Robert quitte la tour Ariane, après un détour par le sous-sol de l’immeuble où les autorités l’avaient préalablement emmené. « Les policiers m’ont fait une faveur, ils m’ont laissé sortir par-devant. La France est le pays des droits de l’homme, je ne risque rien. En général, la police est admirative et me réserve un traitement particulier, pas celui d’un criminel. » C’est donc seul, sans escorte policière, qu’il fait face à la trentaine de journalistes qui veulent tout savoir de son ascension. Il raconte son appréhension, lors des derniers mètres mais aussi sa joie d’être arrivé au sommet. « C’était plus compliqué que ce que je pensais à cause des plaques rondes qui ne facilitaient pas mes prises. Je pensais constamment à la dernière partie. Je me sens born again comme disent les Anglo-Saxons. Après avoir mis délibérément ma vie en danger, je me sens revivre. Quand je suis arrivé au sommet, je me suis dit : “Super, je suis en vie et j’ai pu évacuer le stress.” »

11 h 25. Alain Robert entre au commissariat de la Défense, heureux, avec sans doute son prochain défi déjà quelque part dans un coin de la tête.

Source ; France Soir
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