Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 08:42

Hôtel de ville, bureau de Roger Vicot, adjoint à la sécurité. L'élu fait le tour des priorités avec le directeur de la police municipale. Alcoolisation à la sortie des bars, climat délétère à Lille-Sud, plainte de voisinage. Les sujets sont larges et prouvent l'ampleur des compétences assumées par la police municipale. « Le trafic à Wazemmes, ça en est où ?, s'enquiert l'élu. « On passe tous les jours dans les rues Jules-Guesde et des Sarrasins, en horaire croisé avec la nationale. Il y a toujours des attroupements de jeunes mais peu d'infractions. Â» Au même moment, à Wazemmes, Bernard et Mathieu (prénoms modifiés) font leur ronde sous l'oeil de Marie-Ange, leur chef de secteur. Les agents verbalisent des voitures garées sur la place du Marché, saluent les commerçants, demandent l'autorisation de chantier d'un ouvrier. La prévention avant tout.
« On travaille en réseau. Quand on remarque un danger sur la chaussée ou qu'on rencontre une personne âgée en souffrance, on avertit les services de la mairie concernés Â», explique la chef. Les regards portés sur les uniformes sont tour à tour moqueurs, méfiants, souriants. « Il y a des gens qu'on rassure, d'autres qu'on dérange Â», résume Marie-Ange. En tout cas, rien à voir avec « avant Â», lorsqu'on les prenait pour « des gardes-jardins sans pouvoir. Â» Cet « avant Â» prend fin en 1994 avec la législation sur les statuts des polices municipales (création d'un concours, définition des objectifs). Pour la petite histoire, la police municipale remonte au Moyen âge. À la révolution, sergent de ville et garde-champêtre ont vu leurs pouvoirs renforcés. Mais la délinquance moderne et l'essor des techniques de police judiciaire conduisent au 20e siècle à l'étatisation de la police municipale, actée sous Pétain, avec la création de la police nationale.

Ninjas et Zorros

La peur des banlieues et les campagnes sur la proximité relancent les polices municipales dans les années 80. Des unités sont créées de manière anarchique avec du personnel pris sur d'autres services. « On a eu des ninjas et des Zorros, des frustrés qu'on envoyait sur le terrain sans formation Â», raconte Richard Olszewski, adjoint à la sécurité de Roubaix pendant 19 ans. Le gouvernement Jospin va étendre leurs compétences (salubrité, chiens dangereux, bruit, flagrance...) et encadrer leur recrutement. Désormais, les agents passent un concours puis sont embauchés par un maire qui paie leur formation de 6 mois.
La rivalité entre police nationale et municipale se normalise, d'autant que les seconds suppléent de plus en plus la baisse d'effectif des premiers.
« Un marché de dupes qui pénalise les maires qui investissent Â», soupire Richard Olszewski. Depuis 2000, environ 120 gardiens de la paix ont quitté Roubaix. Moins que l'effectif de la municipale. Pourtant, le sentiment d'être une « sous-police Â» reste vif chez certains. Car la nationale garde le monopole de l'enquête. « La nationale est prise par le judiciaire. Nous, on est plus sur le terrain. On prend les risques à leur place, on est moins payé et on n'a que la partie « barbante Â» du travail : l'interpellation Â», déplore Philippe Piquet, chef de la police de La Madeleine.

Mais la police municipale est guettée par deux excès. D'abord, devenir une « police du maire Â» avec son cortège de passe-droits qu'illustre bien l'affaire des PV annulés à Croix. « Des choses qui arrivent souvent mais qu'on réglerait en plaçant les agents sous une autorité intercommunale Â», estime Philippe Piquet. D'autre part, l'introduction d'une inégalité dans la sécurité des territoires. « Dans certaines villes riches du sud, les municipaux sont mieux équipés que les nationaux mais ne protègent que les quartiers aisés Â», explique le maire de Lens, Guy Delcourt, qui a préféré participer financièrement à l'équipement des policiers nationaux et mettre en place des médiateurs.

Car tout le monde est d'accord là-dessus, la nationale n'a plus le temps de faire de la « médiation Â», prendre le pouls d'un quartier, faire remonter les besoins. Toutes ces missions qui font la fierté de Bernard et Mathieu. Et qu'Idriss, le coiffeur de la rue des Sarrasins, salue. « Eux, je les aime bien. C'est pas comme la nationale qui se prend toujours pour je sais pas quoi. Â»

Source : Nord Eclair
Publié dans : Revue de Presse - Recommander
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