De nombreux habitants des A.-M. ont reçu des courriers réclamant le paiement indu d'amendes au nom d'un mystérieux service de « répression de l'environnement ».
« J'ai été très surprise samedi en trouvant un acte d'huissier dans ma boîte aux lettres. Mais ma foi, on reçoit tellement de choses ! »
Interloquée dans un premier temps, Danièle, une retraitée qui habite dans les quartiers Nord de Nice, a d'abord haussé les épaules. La missive lui réclamait une somme de 32,46 euros payable sous 72 heures au motif de « Non tri des déchets ménagers ».
« Normalement, on est alerté avant d'avoir un avis d'huissier.... Quant au tri, je dois reconnaître que je ne suis pas très rigoureuse. Ça dépend des jours... Mais quand mon mari a eu connaissance de cette lettre, il a pris peur. Il craignait qu'il y ait des majorations si l'on ne payait pas. Vous savez, à nos âges, on préfère ne pas risquer d'avoir des ennuis. J'ai donc fait le chèque et rédigé l'adresse sur l'enveloppe. Avant de la poster, j'ai cependant demandé conseil à des parents et amis. Après réflexion, ils m'ont dissuadée d'acquitter cette fausse amende ».
Fausse, oui, de bout en bout. L'huissier qui fait état de bureaux dans plusieurs villes de France (alors que la compétence s'arrête à l'arrondissement judiciaire) n'apparaît nulle part. Il n'y a pas d'étude Picaso à Paris, pas plus qu'à Marseille, Bordeaux, Lyon ou Lille. Il se dit mandaté par « la répression de l'environnement », un service bien mystérieux... Plusieurs fautes d'orthographe figurent sur l'acte qui ne comporte aucune date et qui se réfère à des décrets de loi fantaisistes.
« Il y a usurpation d'identité et de fonction d'officier ministériel. Le modus operandi est classique. On réclame de petites sommes en espérant que les justiciables s'exécutent sur le champ craignant le caractère onéreux des contestations judiciaires. D'autant que même s'ils réussissent dans leurs démarches, ils ne sont pas toujours certains d'aboutir à un remboursement car les escrocs partent volontiers à l'étranger. » Me Alexis Mancilla, avocat à Nice, estime d'ailleurs qu'en la matière la répression est insuffisante. « Les sanctions sont dérisoires par rapport au mal que l'on fait à des personnes souvent âgées ou en état de faiblesse ».
Une boîte aux lettres au centre d'affaires de Marseille
Le faux huissier fait état d'une adresse qui, elle, est bien réelle. Il s'est en effet domicilié au plus ancien centre d'affaires de la cité phocéenne. Une société qui a pignon sur rue en plein coeur de Marseille. La gérante nous a raconté comment un certain Item Lattrache, déclarant ne pas demeurer en France, s'était manifesté la semaine dernière pour disposer d'une boîte à lettres dans ce centre qui existe depuis plus de cinquante ans. Et, apparemment, l'escroquerie s'est très vite enclenchée.
« J'ai reçu au moins vingt coups de fil de personnes ne comprenant pas ce qui leur arrivait. J'ai l'impression qu'il a ciblé des personnes âgées, essentiellement sur Nice. J'ai même eu au téléphone une assistante sociale de l'hôpital qui appelait pour l'un de ses patients », nous a-t-elle raconté en précisant qu'elle avait également reçu un coup de fil de l'intéressé travestissant sa voix et précisant : « Je vais vous donner des instructions ». Instructions qu'elle attend toujours comme le règlement de cette domiciliation commerciale. Pour notre part, nous avons eu entre les mains l'un de ces faux actes d'huissier et nous avons appelé le serveur vocal figurant sur la lettre. Deux solutions étaient proposées : « Faites le 1 pour payer par chèque bancaire, le 2 pour payer avec une carte de crédit ». Quelques heures plus tard, lorsque nous l'avons appelé, le répondeur précisait : « Ce service n'est pas en fonctionnement actuellement... » Sans doute l'escroc a-t-il renoncé à persévérer. Comme le précisent les services de la mairie de Nice le tri sélectif est vivement conseillé. Mais, pour l'heure, la répression n'est pas à l'ordre du jour, et certainement pas au moyen d'un acte d'huissier fantaisiste et truffé d'erreurs...
Source : Nice Matin